
Le célèbre artiste de rue Banksy s'attaque (entre autres) à la question de la surveillance dans une boutique éphémère surprise installée au cœur du quartier de Croydon, dans le sud de Londres. L'exposition, intitulée « Gross Domestic Product », met en vente des « produits peu pratiques et provocants » et déploie l'humour caractéristique de Banksy, fait de satire politique. Parmi les objets présentés figurent le gilet pare-balles aux couleurs de l'Union Jack créé par l'artiste pour la performance en tête d'affiche de Stormzy, natif de Croydon, au festival de Glastonbury cette année, un hommage à l'artiste américain Jean Basquiat, ainsi qu'un berceau surmonté d'un mobile fait de caméras de surveillance.
En clin d'œil au réquisitoire visuel que l'artiste anonyme mène de longue date contre la surveillance moderne, la pièce « Baby Mobile » occupe une place de choix dans la vitrine et s'accompagne du commentaire social habituel de Banksy, sombre, pince-sans-rire et étonnamment lucide : « Banksy a créé le jouet d'éveil suspendu au plafond ultime pour préparer votre petit au voyage qui l'attend — une vie entière sous surveillance permanente, sanctionnée par l'État autant qu'auto-imposée ».
Chose assez effrayante, le mobile imaginé par Banksy pourrait bien s'inspirer de plusieurs produits déjà disponibles sur le marché, dont un mobile équipé d'une caméra pivotante intégrée, présenté comme « la meilleure solution pour les bébés pleins d'énergie ». Les babyphones vidéo sont devenus un incontournable du marché de la puériculture, et les jouets et objets d'ameublement dotés de caméras de surveillance ne manquent pas parmi ceux destinés aux jeunes parents désireux de garder un œil attentif sur leur enfant.
« Baby Mobile » n'est pas la première incursion de Banksy dans la critique de l'État surveillant, qu'il soit d'ordre gouvernemental ou privé. En 2014, l'artiste dévoilait une fresque murale dans la ville anglaise de Cheltenham, siège de la branche intérieure des services de renseignement britanniques, le MI5, représentant trois « agents » en trench-coat et chapeau melon en train d'écouter des conversations dans une cabine téléphonique à l'aide de divers appareils. Cette œuvre de Banksy est apparue à Cheltenham peu après la retentissante alerte lancée par Edward Snowden au sujet de l'ampleur de la surveillance secrète menée par la National Security Administration (NSA) des États-Unis. Peu de révélations publiques ont placé la vie privée et la surveillance au premier plan des préoccupations collectives comme l'a fait la dénonciation de Snowden en 2013 ; pourtant, en dehors du monde de la tech et des communautés du renseignement, cette inquiétude grandissante autour de la vie privée ne s'est toujours pas traduite, près de six ans plus tard, par autre chose que des discours et un malaise diffus vis-à-vis de la surveillance.

Le public a été alerté, à maintes reprises, des dangers pour la sécurité que représente la technologie de surveillance au domicile. Une large part de la couverture médiatique a été consacrée aux vulnérabilités particulières des objets connectés face au piratage. Parmi les incidents les plus médiatisés, on compte le thermostat Nest de Google qui a laissé fuiter en ligne, par inadvertance, les codes postaux de ses utilisateurs, le piratage de babyphones — qui a, chose alarmante, permis à des pirates de diffuser leur voix dans les foyers des utilisateurs via ces appareils —, ou encore l'existence terrifiante de Shodan, un immense moteur de recherche entièrement consacré au repérage d'objets connectés non sécurisés, avec notamment une fonction permettant de parcourir les caméras wifi non protégées, exposant de fait la vie privée de centaines de milliers de consommateurs au regard de tous sur Internet.
Récit après récit, faille après faille, il est devenu parfaitement clair que bon nombre de ces technologies que nous introduisons volontairement dans nos vies et dans nos foyers rendent notre vie privée extrêmement vulnérable ; pour autant, ce constat ne nous a pas empêchés de continuer à accueillir ces technologies potentiellement intrusives dans nos espaces les plus intimes. Nous savons que toutes ces informations que nous avons cédées de notre plein gré peuvent être exploitées à des fins insidieusement intrusives, faute de contrôle des pouvoirs publics ; mais ce savoir ne nous a pas empêchés de les céder tout aussi librement. À l'heure où l'État surveillant est devenu matière à humour populaire et à satire politique, avons-nous atteint le point de non-retour ?

La technologie nous transforme en profondeur, elle change notre façon de fonctionner, de penser et de mener notre quotidien, mais la question demeure : quelle part de contrôle sommes-nous prêts à abandonner ? Ronald Arkin, spécialiste de l'éthique de la robotique au Georgia Institute of Technology, porte un regard pragmatique sur l'évolution de notre rapport à la vie privée et sur le degré de complicité qui est le nôtre dans ce changement de paradigme.
Amazon et Google disposent de toutes sortes de données sur nos préférences. Rien ne vous oblige à utiliser leurs produits. Si vous le faites, vous dites en quelque sorte : d'accord, j'accepte cette possible atteinte à notre vie privée. Personne n'impose cela à qui que ce soit. Ce n'est pas imposé à la manière de 1984.
Chez Minut, nous sommes convaincus que la sécurité ne devrait jamais se faire au détriment de la vie privée. Nos foyers sont nos espaces les plus intimes, et le respect que nous portons au caractère personnel du domicile se retrouve dans chaque aspect de la conception de notre alarme. Nous n'utilisons pas de caméras, et nous ne collectons ni ne vendons vos données. C'est une sécurité pensée pour ce qu'elle doit être : la sécurité et la sûreté, jamais la surveillance.